Histoire et archéologie
Rédaction Curisfera
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Le vrai trésor de la plus ancienne épave, c'est la gangue dans ses jarres

L'épave de Kekova, en Turquie, pourrait devenir « la plus ancienne du monde », mais les résidus de ses amphores en diront bien plus sur le commerce de l'âge du bronze.

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24 octobre 2026
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Les records font les gros titres, mais font-ils de la science ? « Plus ancienne épave du monde » est une belle formule. C'est aussi l'aspect le moins intéressant d'une épave découverte au large de l'île de Kekova, en Turquie. Le plus prometteur, c'est le film collant et brillant qui tapisse encore l'intérieur de certaines jarres.

Voici ce que l'on sait. Comme le rapporte la BBC, les archéologues dirigés par Hakan Öniz, de l'université d'Akdeniz, datent l'épave d'il y a 4 400 à 4 700 ans, au début de l'âge du bronze. Le bois a disparu. Il reste trois ancres en pierre et plus de 30 amphores sur une pente, à environ 30 mètres de profondeur. L'équipe estime que le navire mesurait environ 10 mètres de long. Certaines jarres contiennent encore des résidus, que l'équipe cherche maintenant à identifier.

Le qualificatif de « plus ancienne » est plus fragile qu'il n'y paraît

Sans bois, la datation au radiocarbone était exclue. La date repose sur la forme des poteries: deux anses, une arête, un fond plat, comparés à des amphores d'Égypte et du Moyen-Orient. C'est une méthode respectable, et Öniz s'est dit sûr « à 100 % » de la période. Mais il s'agit d'une datation stylistique, non d'une date de laboratoire sur l'épave elle-même. The Art Newspaper note que des résultats préliminaires ont paru en juillet dans le Journal of Maritime Archaeology. Nous considérerions tout de même ce titre comme provisoire. La détentrice précédente, une épave au large de Dokos, en Grèce, a environ 4 200 ans: l'écart est réel, mais pas énorme.

« Plus ancienne » dépend aussi de ce que l'on compte. La BBC souligne que la plus ancienne épave intacte, bois conservé, est un navire de la mer Noire d'environ 2 400 ans. Kekova détient le record en tant que dispersion de cargaison, pas en tant que navire. C'est différent, et les titres ont tendance à l'estomper.

Le savoir est dans les résidus

Voici maintenant le plus intéressant. Les chercheurs analysent la poterie et son contenu par fluorescence X et diffraction des rayons X. Les candidats sont l'huile d'olive, le vin, la résine d'arbre et, selon The Art Newspaper, de la viande ou du poisson séchés. Karin Sowada, de la Macquarie University, a dit avoir « failli s'évanouir » devant la quantité de résidus visibles, bien plus que de simples taches.

Si l'on parvient à identifier cette matière, nous saurons ce qui circulait réellement sur ces routes. Pour l'instant, l'histoire de l'« huile d'olive ou du vin » est une hypothèse de travail, répétée par les autorités. Une réponse chimique transformerait un récit plausible en preuve. Elle pourrait aussi dire si la vallée du Jourdain, d'où semble venir l'argile, exportait des denrées, des matières premières ou autre chose auquel nous n'avons pas pensé.

Prudence: le contenu d'une jarre n'est pas forcément sa cargaison

Sowada soulève elle-même la meilleure objection. Les résidus peuvent provenir d'un réemploi. Ces jarres sont énormes, explique-t-elle, et on les aurait vidées à l'arrivée pour les utiliser pendant des années. Ce qui a survécu pourrait donc être les restes d'un foyer, non la dernière cargaison. À notre avis, cela rend l'analyse plus intéressante, car elle pourrait révéler deux vies d'une même jarre. Mais cela signifie que personne ne devrait annoncer du « vin de l'âge du bronze » avant les résultats chimiques. Ceux-ci ne sont pas encore publiés; toute affirmation aujourd'hui relève de la spéculation.

Verdict

Profitez du record, mais ne misez pas dessus. Une meilleure épave viendra probablement, comme cela s'est déjà produit. Un résidu bien caractérisé resterait utile, car c'est une preuve physique directe de ce que transportaient les marchands et d'où cela venait. Öniz parle du site comme d'une source des « premières preuves scientifiques au monde » que des routes maritimes étaient alors utilisées. C'est une affirmation forte, à prendre avec prudence. Guettez les résultats de laboratoire, pas le classement.

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