Santé et corps humain
Rédaction Curisfera
Santé et corps humain

Le numéro de Science sur la santé des femmes ne vaut rien sans nouvelles règles

Traiter les femmes comme de petits hommes était un échec méthodologique, pas un oubli. Un numéro spécial n'y changera rien ; les règles des essais, des dosages et des financements, peut-être.

Publié
23 octobre 2026
Lecture
4 min
Catégories
Santé et corps humain

Image générée par IA

Une science qui a traité pendant des générations la moitié de l'humanité comme une erreur d'arrondi peut-elle être réparée par un numéro spécial ? Probablement pas. Mais c'est un début, et la manière de le présenter compte.

Ce qu'a réellement fait Science

Comme le rapporte STAT, la revue Science a consacré un numéro à la santé des femmes. Il examine les différences liées au sexe dans de nombreuses maladies et appelle à davantage de financements et à plus de femmes dans les essais cliniques. Selon le message publié par la revue elle-même sur les réseaux sociaux, ce numéro explore une compréhension croissante des différences entre les sexes en matière de santé et de maladie, et montre comment la santé des femmes dépasse largement la reproduction.

Selon nous, c'est bienvenu, mais limité. Un numéro de revue peut amplifier un problème que les chercheurs documentent depuis des années. Il ne peut pas, à lui seul, changer la façon dont les essais sont menés. Et le fond est difficile à contester: comme l'a rapporté El Periódico en 2019, la plupart des études sur la santé et la maladie, et la plupart des essais de nouveaux médicaments, ont été menés sur des animaux mâles ou des patients masculins. L'objectif était d'obtenir un échantillon homogène dont les résultats pourraient être isolés, puis appliqués à tous.

Une méthode, pas un oubli

Parler d'« oubli » suppose que personne ne regardait. Ici, quelqu'un a choisi. Utiliser des mâles pour réduire la variabilité était un choix de conception, défendu au nom de l'objectivité. Un historien des sciences cité par El Periódico l'a bien formulé: objective, oui; neutre, non. L'article note aussi que les fluctuations hormonales ont servi à justifier l'exclusion des femelles, alors que les deux sexes traversent de tels cycles. À notre avis, c'est là le nœud du problème: on a présenté une commodité comme de la rigueur.

Et le coût n'a rien d'abstrait. Un texte publié par El País affirme qu'une femme victime d'un infarctus a deux fois plus de risques d'en mourir qu'un homme, parce que les symptômes masculins ont été traités comme les symptômes génériques. Il s'agit d'une tribune militante émanant d'une société savante, et non d'une estimation évaluée par des pairs; nous ne citerions donc pas ce chiffre comme établi. Mais le sens de l'affirmation concorde avec ce que disent les chercheurs cités par El Periódico à propos des médicaments: les médicaments psychiatriques n'agissent pas de façon identique chez les hommes et chez les femmes, et les effets secondaires diffèrent aussi.

Il y a aussi une ironie pour les scientifiques attachés à la reproductibilité. Des chercheurs de Cambridge cités dans ce même article soutiennent que le biais de genre est l'un des facteurs qui contribuent aux problèmes de réplication en recherche préclinique. Un biais qui rend les résultats moins transposables n'est pas seulement injuste: c'est de la mauvaise science.

Les mots ne coûtent rien, les règles si

C'est là que nous devenons sceptiques. Un numéro spécial est une déclaration d'intention. Une phrase dans une revue ne peut pas changer ce qu'exige un régulateur, ce que finance un bailleur de fonds, ni la façon dont on recrute les participants d'un essai. Appeler à plus de femmes dans les essais cliniques est la partie facile.

Qu'est-ce qui constituerait un vrai changement ? Nous chercherions trois choses: une inclusion et des rapports ventilés par sexe qui soient des conditions d'autorisation et de financement plutôt que des recommandations; des études de dosage qui traitent le sexe comme une variable plutôt que comme une note de bas de page; et des crédits dédiés à la recherche sur les différences entre les sexes. Les politiques publiques sont clairement un levier, mais pas un levier simple. Un article de Science Advances de 2025 décrit des politiques visant à réduire les inégalités de santé liées au sexe et au genre, et une revue de 2026 soutient que le sexe et le genre restent intégrés de façon inégale et insuffisante dans la recherche en santé. Autrement dit, même après des années de politiques, l'intégration paraît inégale.

Le biais ne se limite pas non plus au laboratoire. Des études résumées par Mujeres con Ciencia décrivent des femmes moins souvent invitées comme relectrices et à qui l'on pose moins de questions en conférence. Changer qui est dans la salle fait partie de ce qu'il faut faire pour changer qui est dans l'essai.

Notre verdict

Applaudissez le numéro, puis auditez-le. Le test n'est pas de savoir si Science a mis le problème dans ses pages, mais si, dans trois ou cinq ans, les essais qui appuient l'autorisation de nouveaux médicaments présenteront systématiquement des résultats par sexe, et si les bailleurs de fonds auront assorti cette exigence de moyens financiers. Si vous lisez l'actualité santé, posez une question à chaque étude: qui y participait ? Si la réponse est surtout des hommes, considérez le titre comme une hypothèse pour la moitié de la population, et non comme un résultat valable pour tous.

Un numéro spécial vaut exactement autant que les règles qui le suivent.

Sujets de débat

Aucun sujet pour l’instant : lancez le premier.

Plus d'articles